Implication du Rwanda dans l'Est: fini la langue de bois 

Implication du Rwanda dans l'Est: fini la langue de bois 
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Julien Nyamwenyi
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Par Julien

Le Chef de l’Etat congolais Félix Tshisekedi s’est prononcé jeudi 30 juin, de manière claire, que le Rwanda ne fera pas partie du contingent de la force sous régionale de la Communauté de l’Afrique de l’Est, CAE. La raison est objective : le Rwanda est partie prenante au conflit aux côtés du M23. Le Président de la République souligne également qu’il a exigé et obtenu cette exigence fondamentale pour le règlement du conflit.

La spéculation allait dans tous les sens après la rencontre de Nairobi. Tous ou presque ont prétendu que les forces de sécurité rwandaises feront partie du Contingent. Loin de là. Le chef de l’Etat était ferme voire intransigeant sur cette question de la participation du Rwanda. Celui-ci est impliqué jusqu’au cou dans la résurrection du M23 mais aussi dans l’agression de la RDC. Des raisons suffisantes pour être catégorique vis-à-vis d’un voisin qui vit grâce aux richesses de l’Est de la RDC.

Je suis particulièrement heureux, parce que pour la première fois, les autorités congolaises, en commençant par le chef de l’Etat lui-même et le ministrenistre des Affaires étrangères citent ouvertement le Rwanda comme pays impliqué dans la crise dans les Kivu. Fini donc la langue de bois où les détenteurs du pouvoir public congolais tournent en rond, évitant de citer nommément le Rwanda comme agresseur de la RDC. Nous attendions, depuis de nombreuses années, cette position des officiels Gouvernementaux.  

Le Rwanda récidiviste

La tension entre la RDC et le Rwanda s’est accrue à la suite des informations persistantes faisant état de la présence des forces rwandaises au sein du M23. Les renseignements militaires congolais ne se sont pas trompés jusqu’à ce que les preuves irréfutables tombent avec la capture de deux éléments des forces rwandaises à plus de 25 km à l’intérieur de la RDC.

Lors d’un conseil des ministres le 18 juin 2022 dernier à Kinshasa, le président Félix Tshisekedi a fait part au gouvernement de "l’agression de la part du Rwanda, agissant sous couvert du M23."

 Même si le Rwanda et le M23 rejettent ces accusations, il n’en demeure pas moins que le Président rwandais a tenté de se défendre sans convaincre expliquant que : « Faire ces accusations, c'est tout simplement fuir ses responsabilités en tant que Président de ce pays » ,rapporte l'agence de presse Bloomberg, citant une interview au Forum économique du Qatar, Powered by Bloomberg.

Mais les événements de ces dernières semaines sont loin d'être le début de l'histoire.

Voici 6 points clés pour comprendre ce qui se cache derrière les tensions entre la RDC et le Rwanda tels que repris par la chaine internationale BBC sur son site internet :

-Les groupes rebelles et les conflits violents dans l'est de la République démocratique du Congo sont alimentés par ses vastes richesses minérales, et aucun groupe n'a été aussi important que le M23.

-Le groupe tutsi accusait depuis longtemps le gouvernement congolais de marginaliser la minorité ethnique tutsie du pays et souhaitait combattre une milice à majorité hutu basée en RDC, appelée FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda).

-La RDC et le Rwanda ont échangé des accusations pour savoir qui était derrière tel ou tel groupe, ce qui a provoqué des tensions entre les deux voisins.

Le M23 a été chassé de la RD Congo en 2013, mais ses combattants sont maintenant de retour. Les affrontements avec l'armée congolaise ont repris et les rebelles ont pris des positions stratégiques dans la province du Nord-Kivu.

-La majorité des rebelles du M23 sont les enfants de communautés parlant le kinyarwanda, dont beaucoup se sont déplacés au Rwanda au cours des deux dernières décennies avant d'y revenir explique la partie rwandaise. 

Mais une autre explication très peu connue vient d’un journaliste de la BBC Samba Cyuzuzo qui affirme que ces tutsie " ont toujours été là, car à l'époque des royaumes, cette région était considérée comme faisant partie du Rwanda avant l'arrivée du colonialisme", explique-t-il. Mais il ne dit pas comment se sont-ils éloignés vers l’est dans les montagnes rwandaises. Cette allégation laisse penser que les ambitions territoriales du Rwanda sur le sol congolais partent de-là.

Que veulent donc les combattants du M23 ? La réponse se trouve également dans le site de la BBC qui cite Samba Cyuzuzo, qui résume cela en deux points :

-Ils veulent (les M23) des emplois en RD Congo et ils veulent être enrôlés dans l'armée, promise dans un récent accord de paix.

-Ils veulent (M23) toujours selon Samba Cyuzuzo « que le gouvernement combatte les groupes rebelles étrangers qui s'en prennent à la communauté tutsie de langue kinyarwanda en RD Congo, afin de pouvoir ramener leurs proches, qui vivent dans des camps de réfugiés au Rwanda et en Ouganda, pour qu'ils puissent vivre en sécurité. »

Le M23 a demandé au gouvernement d'appliquer les accords de paix de Nairobi de 2013, mais le gouvernement qualifie désormais les rebelles de "groupe terroriste" et a exclu de nouveaux pourparlers avec eux. C’est l’intransigeance qui va payer.

J.N


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